Intégration posturale

C’est à partir des rencontres avec le Rolfing d’Ida Rolf (1896-1979), la Gestalt Thérapie de Fritz Perls (1893-1970) et la Végéthothérapie de Wilhelm Reich (1897-1957) que Jack Painter (1933-2010) en 1966, a créé l’Intégration Posturale (IP).
Par la suite, Eliane Jung Fliegans et Claude Vaux ont donné une dimension psychothérapeutique à la méthode et créé l’Intégration Posturale Psychothérapeutique (IPP). La méthode a obtenu sa validation scientifique en 2007 auprès de l’European Association for Body Psychotherapy (EABP) ainsi qu’auprès de l‘Association Européenne de Psychothérapie (EAP).
L’Intégration Posturale Psychothérapeutique puise son inspiration et ses sources dans différents courants de la psychothérapie ainsi que dans des pratiques corporelles de toucher thérapeutique – comme le rolfing, ou l’haptonomie de Frans Veldman, etc. – et de mouvement.
L’Intégration Posturale Psychothérapeutique tient compte dans son approche holistique de différents aspects : l’écoute attentive de la parole du sujet, celle du langage de son corps et de ses émotions. Au même titre que les mots, un mouvement inconscient, une raideur dans la nuque, une boule dans la gorge, un noeud à l’estomac parlent de « quelque chose » que les mots seuls ne disent pas. Encore faut-il y prêter attention, donner de l’importance à cet « incontrôlé » qui se manifeste ainsi et le considérer comme une expression de soi, une forme de langage non verbal. Sa prise en compte permettra au sujet qui le souhaite, de se relier avec ce qui est ainsi enfermé en lui, qu’il ne sait, n’ose ou ne peut pas dire.
Pour en permettre l’émergence, l’originalité de la méthode fait appel à un « toucher présence ».

L’intégration posturale est une approche de psychothérapie corporelle qui utilise autant les sensations
physiques et les manifestations émotives que le processus cognitif. Sa principale caractéristique est la manipulation en profondeur des tissus corporels par le thérapeute (appelé aussi « intégrateur »). L’objectif est de défaire à la fois les tensions physiques chroniques et les blocages émotionnels qui leur sont attachés. L’approche s’inscrit dans la théorie du mindbody (« corps-conscience » ou « corps-esprit »), qui considère que le corps et l’esprit sont deux aspects indissociables d’une seule et même réalité, et qui est à la base des approches psychocorporelles. Ainsi, les ensembles « blocages émotifs-tensions physiques » se logeraient concrètement dans les tissus dès la petite enfance, et tout au long de l’existence. Ils y demeureraient gravés, à moins qu’on agisse pour s’en libérer.

Les manipulations du thérapeute visent les muscles, mais surtout les fascias, ces tissus qui enveloppent les muscles et les organes, et qui constituent le système myofascial. Naturellement minces et souples, les fascias peuvent se plisser, se contracter et se rigidifier en permanence sous l’effet des tensions, des stress, des peurs, des refoulements, des traumatismes, etc. On appelle ces contractions « l’armure caractérielle ». La stratégie de l’approche consiste donc à assouplir, puis à réorganiser les différentes parties du système myofascial.

L’association physique-psychique

L’intégration posturale possède des affinités avec plusieurs autres approches créées dans la deuxième moitié du XXe siècle aux États-Unis, dans la foulée des travaux de Wilhelm Reich. Ce médecin et ex-disciple de Freud fut le premier, dans les années 1930, à introduire le concept d’« inconscient corporel » et à tenter de découvrir les traces physiques des douleurs psychiques. C’est à lui qu’on doit la notion d’armure caractérielle, qu’il décrivait comme un amalgame de tensions physiques et psychiques qui nous protègent et nous étouffent à la fois (on dit aussi armure musculaire). Plus de détails sur Wilhelm Reich dans la fiche Analyse bioénergétique.

L’instigateur de l’intégration posturale, Jack W. Painter, était un professeur de philosophie perclus de tensions. Il a essayé plusieurs moyens pour acquérir souplesse et aisance, dont le yoga et le Rolfing. À son grand désarroi, toutes sortes d’émotions le submergeaient pendant ces séances. Il s’est donc tourné vers la thérapie reichienne qui vise à relâcher les émotions refoulées. Ce relâchement devait permettre au corps, ainsi libéré, de trouver de lui-même un meilleur équilibre. Mais cela ne répondit pas à ce qu’il recherchait du point de vue de la restructuration physique… Bref, pour Painter, il est devenu graduellement clair qu’un processus thérapeutique devait absolument travailler sur trois plans à la fois : le physique, le mental et l’affectif. C’est un outil de cet ordre qu’il a mis des années à élaborer, inspiré par ses prédécesseurs et, dit-il, par son propre « corps-conscience ».

« Le corps, les émotions et les pensées ne sont pas des entités indépendantes en relation les unes avec les autres. Ce sont différents aspects d’une même chose. »

Jack Painter

À l’image de l’oignon et de ses couches superposées, utilisée fréquemment pour décrire l’être humain, les intégrateurs préfèrent celle d’une masse vibrante, plus ou moins dense en certains endroits. Une masse animée d’un mouvement double, allant tout autant de l’intérieur vers l’extérieur qu’inversement, comme le mouvement des marées. Quand on touche cette masse à quelque endroit que ce soit, elle répond instantanément par des changements qui se reflètent dans toutes ses dimensions.

Un processus méthodique

Le corps étant son matériau « révélateur », le praticien en intégration posturale agrippe et déplace différents plans de tissus, les comprime, les pince, les pétrit – en surface et en profondeur, comme dans un vigoureux massage. Il utilise ses doigts, ses paumes, ses coudes et son propre poids. Il peut aussi utiliser ses bras pour bercer. Simultanément, il provoque des déséquilibres énergétiques par des exercices respiratoires, comme des halètements ou des étouffements. La respiration est d’ailleurs considérée comme une « énergie en mouvement » et un élément fondamental dans le changement.

Le praticien établit un contact visuel en même temps qu’il prend contact avec le corps du client, demandant à celui-ci d’exprimer ce qu’il ressent, que ce soit par des sons, des cris, des mots ou des mouvements. Le client et le praticien font équipe : ils ont le même objectif et doivent s’engager tous deux dans le processus. Pour travailler avec le tissu très fin des fascias, il faut être en contact direct avec la peau. Selon leur degré d’aisance, les clients peuvent choisir d’être plus ou moins dévêtus ou complètement nus. C’est à chacun d’établir le protocole avec son thérapeute et de s’assurer que celui-ci respecte ses limites.

La relation de confiance est indispensable. Dès la fin d’une première séance, une personne devrait être en mesure de ressentir si la communication et la confiance sont suffisamment bonnes pour s’engager avec ce thérapeute.

Pour que les changements soient intégrés sur les trois plans – physique, mental et affectif -, et pour éviter que les blocages n’aillent se loger plus profondément dans le corps, les intégrateurs affirment que le travail doit se faire très progressivement et très systématiquement. La technique comprend donc dix étapes de base, réparties généralement sur 20 à 30 séances (en fonction de chaque client). Les séances durent généralement plus d’une heure, parfois jusqu’à deux heures.

Cette méthode n’est pas particulièrement « douce ». Comme toute psychothérapie, elle amène son lot d’inconfort émotif, mais il y a surtout le fait que le travail sur la respiration est souvent désagréable. De plus, les manipulations peuvent être douloureuses, non pas que le praticien blesse les tissus, mais parce que les émotions bloquées dans la chair auraient la propriété de rendre celle-ci particulièrement sensible à certains touchers.

On le voit, le processus est exigeant sur le plan émotif : impossible de « faire semblant », le corps ne triche pas! Exigeant aussi côté temps et argent. C’est le genre d’aventure dans laquelle on s’engage quand on est prêt à oser.

D’une façon qui lui est propre, l’intégration posturale poursuit le même but que la plupart des psychothérapies : aider la personne à se libérer des forces inconscientes qui l’empêchent de mener sa vie comme elle le souhaite et qui nuisent à son bonheur. « L’intégration posturale vise à aider les individus à prendre conscience d’eux-mêmes dans leur corps et à leur donner les moyens de changer – qu’il s’agisse de leur corps, de leurs sentiments ou de leurs pensées »1.

Ses praticiens disent qu’elle peut amener à plus de réceptivité, d’affirmation et d’harmonie. Elle s’adresse plus particulièrement aux personnes qui se sentent prêtes à plonger avec intensité dans une thérapie qui les engagera dans tous les aspects d’eux-mêmes, tout en respectant leur harmonie globale. Elle est appropriée pour quiconque aspire à améliorer sa qualité de vie et à ne plus être soumis à de multiples tensions. Cette technique n’est cependant pas indiquée chez des sujets présentant des troubles mentaux graves.

Enregistrer